LE SUICIDÉ
‹Camarades, je veux manger. Mais plus encore, je veux vivre.›


de Nikolaï Erdman
7—23.10.2016
du mardi au vendredi à 20h

L'œuvre a été interdite pendant la durée de l'ère stalinienne et n'a été produite en Russie que plusieurs années après la mort de son auteur. Aujourd'hui, la pièce est considérée comme l'une des plus belles pièces de la Russie communiste. Au milieu d’une nuit, un homme – Podsékalnikov – réveille sa femme, affamé – il lui réclame un bout de saucisson. Après une suite de quiproquos on le soupçonne de pulsions suicidaires. Ainsi commence la farce dans laquelle même un saucisson finit par se transformer en pistolet ! La menace d’un suicide redonne un sens à la vie de cet homme. Mais elle rend aussi l’espoir et une promesse d’avenir à toute une galerie d’individus qui veulent profiter de ce suicide pour défendre leurs propres intérêts. Podsékalnikov se retrouve soudain placé sur un piédestal. Et cet homme sans histoire trouve alors enfin un sens à son existence : se sacrifier pour les autres. Ainsi, paradoxalement, la vie continue. C’est là tout le génie de cette farce – plus la mort s’approche, plus notre homme aime la vie. Un pied dans la tombe, Podsékalnikov finit par refuser de se tuer.

RÉSERVATIONS

UTOPIA LARGUE LES AMARRES POUR PITOËFF

Voilà au fond en quoi je crois: je crois en l’être humain malgré tout, je crois au théâtre, je crois que deux et deux font quatre. Et je crois aux utopies.

La force des classiques réside dans leur absolue modernité. Les questions à l’œuvre dans les pièces de Shakespeare, Tchekhov ou Erdman continuent à résonner en nous, un ou quatre siècles plus tard. Elles nous interrogent sur notre qualité d’Homme, ce qui nous rend humain parmi les humains. J’ai donc emprunté à un des personnages des Trois Sœurs une affirmation qui donne la ligne de cette première année au Pitoëff:  ‹On a envie de vivre!›.

Tout ce qu’on verra à Pitoëff suivra cette exclamation qui n’est pas si banale qu’elle n’y paraît. Aujourd’hui – et je dis bien aujourd’hui, alors que des attaques barbares continuent de faire des victimes dans le monde –, aujourd’hui donc, il est utile d’affirmer cela ‹On a envie de vivre!›. Et d’affirmer, toujours et encore, que la culture, les arts, l’éducation, sont les piliers du vivre ensemble.

À l’heure où la culture est frappée direc­tement par des choix budgétaires, la petite communauté que forme une assemblée théâtrale, c’est déjà un modèle que l’on peut revendiquer. Le théâtre a un sens, plus que jamais, en ce qu’il rassemble des personnes vivantes, qui regardent d’autres personnes vivantes, qui jouent. Vous me suivez?


Eric Devanthéry
Direction artistique